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Lot 73 - Simon HANTAÏ - «TABULA», 1980 - Acrylique sur toile monogrammée et datée en[...]

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Simon HANTAÏ
« TABULA », 1980
Acrylique sur toile monogrammée et datée en bas à droite
150 x 120 cm


Provenance :
- Galerie Jean Fournier, Paris
- Collection particulière, Paris
- Galerie Larock Granoff, Paris
- Collection particulière

Bibliographie :
- Porte le n°CF 4.0.37 des archives de la Galerie Jean Fournier
- « Hantai », Didier Semin, Art Studio, n°1, 1986, reproduit pleine page couleur page 21
- « Fétiches et objets ancestraux », François Neyt et Hughes Dubois, Milan, 2013, reproduit pages 176 et 177


Le terme de « Tabula » employé par Simon Hantaï vient du latin ‘table’ et par extension ‘planéité’ et désigne des œuvres réalisées entre 1972 et 1976, et entre 1980 et 1982 : pliage orthogonal, système de nouage de la toile par l’emploi de nœuds placés à intervalles réguliers. Une fois la toile recouverte de couleurs et les nœuds dénoués, apparaitront une série de carrés ou parfois de rectangles imprégnés de manière irrégulière. L’effet de quadrillage obtenu par l’intermédiaire des nœuds sur la toile est contrebalancé par l’éclatement de la préparation du blanc dans la couleur. Ces éclatements soulignent l’interaction entre fond, couleur et forme. Chaque carré est en quelque sorte une peinture autonome, une peinture dans la peinture, animé par de légères coulures de couleur venant des interstices des nœuds. Traces poétiques, non organiques, mais suffisamment présentes pour qu’il s’en dégage une lumière indispensable à la vie du tableau. Tout l’art poétique de Simon Hantaï est là, contenu dans la fluidité de la couleur, dans la transparence des tons, dans les fusions sans réserve, comme si le geste du peintre déchirait des voiles et mettait à nu la face cachée des choses. Libre de toute intention, ce tableau « Tabula » est tout autant une image que l’intention de l’image. Tout concourt à sa réussite : les plis, les nœuds, la couleur, le dépliage. Peintre de l’amplitude du geste, Simon Hantaï peut aussi être appréhendé comme un peintre de la transe, dans la mesure où le tableau bouge, s’exalte, s’élève, et ne contrôle plus ses pulsions et son élan vital. Hantaï va pouvoir ainsi donner libre cours à la création de la plus délirante explosion de signes qui se soit produite dans le monde de la peinture moderne. Peinture de la démesure, peinture de l’effervescence, image d’une certaine fureur de vivre et du refus du monde actuel pour lequel Simon Hantaï n’a que mépris.
Cet instinct de la démesure, lié à un grand bouleversement moral, va pousser le peintre vers plus de liberté encore, vers plus de hasard, vers plus de participation physique. Il va se débarrasser de la « pensée » au profit de la matière, par l’élimination systématique de toutes pratiques subjectives. Ce qu’il veut, c’est faire jaillir hors de la toile une étrange écriture faite d’accélérations gestuelles. C’est la transparence des valeurs différentes, c’est révéler une matière qui se dissimule, c’est apprivoiser les bleus, les oranges, les verts, les jaunes. Ainsi les carrés de couleurs peuvent-ils danser sur la surface de la toile, jouer entre eux et entrainer les spectateurs dans leurs rondes. Œuvre qui tout en gardant la fulgurance du geste est plus apaisée, plus méditative, plus sereine.
Face à ce tableau, on assiste à une surprenante tentative de dépersonnalisation d’autant plus étrange qu’elle émane d’un peintre qui possède l’une des plus forte personnalité du monde de la peinture. Cette domination qu’il s’impose implique l’attente d’une sorte de révélation à travers l’inconnu. Jamais Simon Hantaï n’a cherché à paraître, à s’exhiber, à se montrer, à philosopher, à prouver. Il a cherché à faire et en faisant, c’est fait.
Deux ans plus tard, il rangera ses nœuds, ses plis et ses couleurs.


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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes