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Lot 135 - Sam SZAFRAN - SANS TITRE (ESCALIER LA NUIT), 1981

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Sam SZAFRAN
SANS TITRE (ESCALIER LA NUIT), 1981
Pastel sur papier signé en bas à droite
76 x 56 cm

Provenance :
- Atelier de l’artiste
- Galerie Claude Bernard, Paris
- Collection particulière, Paris

Exposition :
Galerie Claude Bernard, New York

Bibliographie :
Sam Szafran - Pastels, Galerie Claude Bernard, Paris, 1980, œuvre reproduite en cours d’exécution

Après avoir peint des choux fleurs, des serres, Sam Szafran s’est intéressé à la symbolique spiroïdale négative des escaliers : la descente, la chute, le retour à la terre et au monde souterrain. Pour atteindre à la lisibilité du drame de la verticalité, l‘œuvre demande à être manipulée mentalement par l’imagination. Empiétant sans cesse sur l’imaginaire, les déformations nous révèlent des audaces picturales et des embardées mentales qui nous font entrevoir l’étrange.

Issue d’un monde abandonné où le peintre a séjourné, cette œuvre d’une extrême lucidité suscite une vision qui ressemble à s’y méprendre à un cauchemar. Désastre absolu d’un monde qui plonge ses racines dans la catastrophe, qui torture tragiquement l’espoir sans toutefois l’annuler complètement, laissant une infime marge dont on ne sait si elle réserve l’espérance ou si elle l’écarte pour toujours. Malgré l’indicible panique que cet escalier éveille en nous, subsiste quelque chose qui ne veut pas mourir, qui refuse de s’abîmer dans le gouffre et veut croire à la rédemption.
Sam Szafran, s’est toujours attaché à reproduire son environnement : l’atelier de gravure où il travaille, dont les lattes du plafond, les lames du parquet, l’armature de la verrière, les escaliers en colimaçons accentuent les perspectives de l’espace, comme l’escalier de l’immeuble de son ami Fouad El-Etr au 54 de la rue de Seine.
Le 15 octobre 1974, Fouad El-Etr lui adressait cette lettre : As-tu remarqué que pendant tout le temps que tu as dessiné ou peint mes escaliers, que nous étions au 5ème étage et, même au 6ème étage, si l’on compte l’entresol et que tu es resté là-haut des semaines entières à plonger ton regard dans le vide .

Formidable dépassement de soi, lorsque l’on sait que depuis l’enfance, Sam Szafran est sujet à un vertige qui le rend incapable de regarder par une fenêtre sans être pris d’angoisse. Cependant dans le mental de Sam Szafran, le vide n’est jamais vraiment un vide, mais une réalité palpable lui permettant de déplacer ses angoisses. L’image de l’escalier se rattache au symbolisme poético-diabolique qu’une masse d’ombre entraîne sourdement vers le fond. Étrange escalier suspendu dans le vide, habité de volutes sombres, d’où surgissent des fantômes qui ne savent plus ni qui, ni quoi hanter.
Escalier éclairé d’une demie lumière lunaire par l’outre-bleu des fenêtres, qui se déforme, se crispe, monte à l’assaut d’obscures destinations sans même se souvenir de ses degrés, qui s’abat à pic, s’engloutit dans le mystère de la chute libre où les nœuds coulants de la rampe se nouent et se dénouent et se précipitent à leur tour au fond d’une spirale qui tourne, tourne et ne s’arrête jamais. Atmosphère ésotérique, irrationnelle, fantastique, baignant dans le bleu nocturne que dispensent les fenêtres et où se ritualise l’acte pictural.

Fétichisme portant sur un objet partiel, réduit à une dimension unique où s’exprime le besoin de créer un espace qui confine au vertige. Mouvement circulaire qui nous fait tourner et retourner sur nous-même et sape nos assises mentales. Nous voici happé par la vision d’un espace seulement habitable par le peintre et pourtant curieusement le réalisme de l’image ne s’oppose pas aux commentaires subjectifs du sujet. Vision réaliste obtenue par le plus classique des médiums : le pastel.
En ceci proche de Degas et de Zandomeneghi, Sam Szafran joue du pastel comme l’on joue du piano, avec la même étourdissante simplicité virtuose alliée à la richesse des valeurs où chantent les noirs, geignent les gris et crient les bleus. Pastel souverain comme peinture, comme dessin, comme cage thoracique de l’escalier. Au cœur du monde onirique de Sam Szafran, les objets se dépouillent de leur fonctionnalité, plus de haut plus de bas, plus de commencement plus de fin. Escalier de la panique et de l’angoisse, il règne tel un dieu ou un diable dans le silence des vastes solitudes et s’offre à nous comme une grande confession.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes