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Lot 39 - Pierre SOULAGES - « BROU DE NOIX, 65 × 50 cm, 1947, B-19 »...

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Pierre SOULAGES
« BROU DE NOIX, 65 × 50 cm, 1947, B-19 », 1947
Peinture au brou de noix sur papier marouflé sur toile, signé en bas à gauche
65 × 50 cm

Provenance :
Collection particulière, Paris

Bibliographie : Sera reproduit dans le volume V, peintures sur papier, du catalogue raisonné de l’œuvre complet de l’artiste en préparation par Pierre Encrevé

Jugeant les couleurs proposées par le commerce peu adaptées à leurs besoins, certains artistes créèrent eux-mêmes leurs outils. Pierre Soulages dès 1947 fut de ceux-la, allant chercher son salut dans un matériau utilisé seulement par les ébénistes du Faubourg Saint Antoine, un liquide brun tiré de l’écale verte de la noix : le brou de noix.
Peinture fluide, fortement teintante, profondément intense, allant selon son désir du brun léger au brun sombre, captatrice merveilleuse de lumière par la magie de ses aspérités, donnant l’illusion de la roche mouillée ou de la terre fraîchement retournée. Couleur issue de la nuit et venant au jour. Celtique et tellurique, le brou de noix deviendra emblématique de Pierre Soulages et il en fera son apostolat, et ni son compatriote sétois, Daniel Dezeuze, ni le peintre Morris Louis qui emploieront aussi cette technique ne rivaliseront avec lui. Champion incontesté de la peinture au brou de noix, ses œuvres figureront tout au long de sa carrière exposées tant à la Galerie de France que dans les grandes
Expositions rétrospectives et muséales.
C’est une peinture au brou de noix qui le fera remarquer de Francis Picabia au salon des Surindépendants de 1947 et qui amènera cette réflexion : « avec l’âge que vous avez et avec ce que vous faites, vous n’allez pas tarder à avoir des ennemis ». Ce qui dans la bouche du peintre dadaïste auteur de Jésus Christ Rastaquouère, revenait à dire vous serez célèbre.
De même que l’être est un, de même l’unité définit toute œuvre quelle que soit la technique employée. Un même besoin organique se décèle dans les tableaux de Soulages où tout compose un tout : dessins, couleurs, formes, éclairages, matières et exécutions. Couleurs économes où les tons rabattus s’étouffent mais qui se nuancent et se diversifient sous les effets de la lumière, grâce à la façon dont l’artiste travaille son matériau.
Convergeant vers un nœud où elles se rassemblent, ses bandes brunes plus ou moins distantes, plus ou moins captatrices de lumière, se ramassent, puissamment scandées afin de mieux permettre au regard et à l’esprit de les embrasser d’un seul coup d’œil, de les comprendre immédiatement.
Point de cercle ni de spirale développant leurs rondes à travers la surface de la toile. Non plus, nulles dominantes de diagonales, s’y affirment au contraire, des verticales, que coupent brutalement de soudains horizons. Des syncopes partout et la volonté d’interrompre le déroulement du discours peint. Le triomphe de tout ce qui est propre à paralyser les éléments du tableau en une immobilité si totale que l’on a voulu voir un hiératisme architectural.
Pourtant cette architecture ne serait rien ou ossature seulement, si elle n’était habitée d’une force intérieure peu commune. C’est enrichir l’œuvre que d’y inclure la succession d’état et d’expérience qui composent la vérité d’un homme dans sa changeante complexité bien mieux que ne le fait une inspiration passagère pour privilégiée qu’elle soit.
Cette peinture au brou de noix réalisée par un peintre de 27 ans est riche du sacré le plus élémentaire, le plus enraciné dans toutes les consciences, le plus commun à l’espèce humaine, qui ne se satisfait qu’au prix de l’unité conquise par le travail, qui à pour temps la permanence et le statisme pour dynamique. Ce tableau n’insinue pas ; il règne, il est présent, il existe par lui-même, en lui-même.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes