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Lot 81 - Nicolas de STAEL - « LE LAVANDOU », 1952

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Nicolas de STAEL
« LE LAVANDOU », 1952
Huile sur panneau signé, titré, dédicacé et daté au dos
12 x 18 cm

Provenance :
Collection Harry A. Brooks, New-York

Bibliographie :
- « Nicolas de Stael », catalogue raisonné des peintures, Jacques Dubourg et Françoise de Stael, éditions Le Temps, Paris, 1968, reproduit sous le n°496 page 220
- « Nicolas de Stael », catalogue raisonné de l'oeuvre peint, Françoise de Stael, éditions Ides et Calendes, Paris, 1997, reproduit sous le n° 478 page 368

La vie de Nicolas de Staël est essentiellement, profondément, irrémédiablement vouée à la peinture. Elle lui permet de se libérer de toutes les sensations, de toutes les inquiétudes qui l'assaillent sans cesse ; peinture comme seule issue à ses angoisses, comme seul moyen de lutter pour ne pas sombrer. Artiste en perpétuelle action mentale que les choses de la vie bouleversent, Nicolas de Staël a su prendre tous les risques en tant que peintre d'abord, en ignorant les dictats picturaux et en tant qu'homme ensuite en s'engageant en 1940 dans la Légion Etrangère.

Lutter pour la vie, lutter pour la justice, lutter par l'art pour un monde meilleur. Quitte ou double avec la vie, quitte ou double avec la peinture, il accepte d'affronter le grand vent déchaîné de ses passions ; se faisant un devoir de bousculer sans cesse l'ordre le mieux établi. Dans ses œuvres Nicolas de Staël privilégie l'équilibre alors que le sien est précaire, ballotté entre fulgurances, matérialité et tendresse. Tout le brûle : l'obsession picturale, la lumière, la passion, l'amour et l'amitié, la joie et la souffrance. Il s'embrase et se consume en une fusion dangereuse dont il entretient sans relâche l'incandescence du foyer. Cet antagonisme transcende à la fois l'abstraction en figuration comme la figuration en abstraction au sein d'un univers aux harmonies subtiles.

Nicolas de Staël voudrait que la peinture soit elle aussi eau limpide avide de lumière emportant dans son cours vilenies et souffrances. S'il souffre, il ne pleure pas. Il vit ses rêves en plongeant ses regards en lui-même, illumine les ombres de l'abîme qu'il porte en lui au plus profond de son âme. Alors surgissent les tourbillons et leurs cortèges de tourments aussi bien que le calme dramatique d'une sérénité absolue. La source de son œuvre prend ses quartiers dans le feu afin de résister au silence rancunier des faux dieux. Peinture colossalement étrange, animée d'une voix divine qui la porte dans ces contrées d'amour universel où seule l'absence habite.

Dans ce tableau de petit format « Le Lavandou » de 1952, Nicolas de Staël enferme la monumentalité du paysage. Il n'abstrait pas le paysage naturaliste mais il tire de la réalité des formes naturelles un répertoire nouveau de volume qui introduit presque un « esprit de jeu » dans la sévère contraction de ses œuvres précédentes. Au regard de cette oeuvre, il semblerait que Nicolas de Staël se soit attaché à renouer avec « l'objet », à demander au paysage l'inspiration de son existence. On sent le besoin d'une sorte d'abstraction figurative dans laquelle la poésie du réel donne naissance à une nouvelle communion entre l'homme et l'univers. Œuvre pénétrée d'un lyrisme pictural rétractile et secret, une sorte de monde fantomatique où les paysages, les choses, flottent dans le demi-jour des profondeurs, acquérant une personnalité mystérieuse. Tableau pur, épanoui, qui explore les domaines vierges de la peinture. Et cela avec une complète insouciance à l'égard de tout ce qui pourrait être « groupe » ou « école », dans une totale solitude avec l'espoir de retrouver le chemin des formes éternelles. Personnalité exigeante et dominatrice, la peinture de Nicolas de Staël se veut l'accomplissement sans défaut d'une pensée gorgée de sensibilité.

Peut-on trouver tableau plus subtile, plus poétique, plus « grand » dans son espace réduit, plus sensible, composé de gris, de bleu, de gris-bleu, de beige rosé et de blanc qu'anime un peu de rouge. Pas étonnant alors que taraudé par la porosité de ses nerfs face aux éléments de la vie, Nicolas de Staël au petit matin du mois de mars 1955 au parc Montsouris se soit écrié en rencontrant le peintre Alfred Manessier « Manessier !! il faut tuer la sensibilité?!!! » Cri d'un homme qui sait que cette merveilleuse sensibilité dont il est la proie et à laquelle il doit ses plus belles œuvres, finira si elle persiste à vivre en lui, par le tuer.

Le 16 mars 1955, à Antibes, Nicolas de Staël fut fidèle à la phrase du parc Montsouris et tua la sensibilité.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes