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Lot 130 - Martin BARRÉ - « 57-100 X 100-A »...

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Martin BARRÉ
« 57-100 X 100-A », 1957
Huile sur toile signée en bas à droite, contresignée et titrée au dos
100 x 100 cm

Provenance :
- Collection du docteur Martineau
- Collection particulière, Genève

Expositions :
- « Paris-Paris 1937-1957 », Centre Georges Pompidou, Paris 1981
- « Martin Barré », Musée des Beaux Arts de Nantes, 1989
- « Martin Barré », Musée des Beaux Arts de Tourcoing, 1989
- « Martin Barré », Galeries des Ponchettes et d’Art Contemporain du Musée de Nice, 1990

Bibliographie :
- « Barré », Michel Ragon, éditions Galerie Arnaud, Paris 1960, reproduit page 24
- Sera reproduit dans le catalogue raisonné de l’œuvre de l’artiste en préparation sous le direction d’Ann Hindry et Yves-Alain Bois

« …Quelques œuvres, déjà notoires, restituent avec superbe le carré : « 57-100 x 100-A », toile exposée à « Paris-Paris » en 1981. Carré blanc ouvert dans un carré, la référence à Malevitch est évidente, mais de l’exténuation proposée jadis nous passons presque à la surabondance ; le carré est ouvert sur le haut, solutions qui satisfait le mieux l’artiste, alors que sur les autres côtés, les touches noires et rouges lui façonnent un écrin, coruscant et frustre à la fois : la pression chromatique et physique est telle que l’échappée sur l’espace gris devient une nécessité… »
Marc André Stalter

Le point essentiel dans le travail de Martin Barré est sa maîtrise de l’espace vide. Que la couleur soit jetée depuis le bas vers le haut ou depuis le haut vers le bas, les lignes de force de la composition qui en sont le squelette, l’ossature, définissent l’espace pictural de façon nouvelle, inséparable du temps. Toile peinte au couteau qui sert autant à poser la peinture qu’à la retirer. La présence de cet outil pictural, souvent désigné comme couteau à palette, ne se voit ni sur le fond ni sur la forme mais s’impose avec dynamisme à l’intérieur des formes. Parfois le grain de la toile s’allie à l’imbrication des formes entre elles où se glissent des «ombres inversées». On peut y déceler l’influence philosophique de Berkeley qui étudiant les étranges paradoxes résultant de l’analyse des composantes de la vison, écrivait «nulle étendue autre que la surface n’est perceptible par la vue. Chaque particule matérielle, si elle est étendue, doit être infiniment étendue, elle doit avoir une série infinie d’étendue».
Martin Barré pense que le peintre travaille pour cela, pour cet affleurement impossible, pour une suspension d’un monde soustrait à toute manipulation. Ce qui rend ce tableau singulier c’est un équilibre très particulier qui se joue entre l’économie de la réalisation et l’importance d’un propos qui s’inscrit dans le vaste champ de la pensée visuelle. La souveraineté du geste disparaît annulant de ce fait toute décision qui affirmerait le miracle du hasard. Apparition et révélation alors, s’expriment et disent assez bien où se situe l’enjeu. Il pourrait paraître étrange qu’une œuvre si construite soit apparue en son temps comme «vide» ou pire comme «anti-peinture», alors que le blanc est utilisé, non dans des intentions chromatiques, mais comme exploration d’une spatialité. Sa présence est d’une telle densité, qu’elle fonde le temps de l’existence et situe la peinture entre question et affirmation.
C’est à partir de 1954 que Martin Barré réduit ses moyens d’expression à l’extrême n’employant plus que trois couleurs qui peuvent fort bien se décliner en se mélangeant à d’autres. Les formes statiques à dominantes verticales en suspension dans l’espace, en le modulant, accentuent l’effet de clarté sans pour autant que celle-ci se transforme en lumière vue. Pour Martin Barré, dans cette œuvre, l’aspiration à la liberté est patente, ce qui suppose un dépassement des lois et des limites qui régissent la création artistique pour inscrire l’œuvre dans le monde de l’absence de loi.
Mentalement proche du Carré blanc sur Fond Blanc de Casimir Malevitch, où s’exprime la totalité d’une spiritualité mystérieuse et absolue, Martin Barré à l’écoute lui aussi de l’absolu cherche à s’accomplir dans la sensation par delà la forme. Pour s’accomplir, la sensation doit être dans l’action physique, dans une forme d’apparence, pour devenir quelques chose de réel, de visible, de tangible.
Dans cette œuvre de 1957, Martin Barré, se détache des contingences matérielles et accède à la zone intemporelle réservée à quelques privilégiés, où le vide est source de vérité, où le blanc est l’espace, le souffle, l’air, où le tout s’élève à la hauteur himalayenne de la respiration spirituelle. Née de l’inconscient du peintre cette œuvre va vers le conscient, vers la conscience de ce sur quoi tout est basé. L’économie comme dimension est toujours révolutionnaire. Elle est la clé de l’unité.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes