Chargement en cours
Ma sélection

Lot 75 - Joan MITCHELL - SANS TITRE, 1978

Adjudication sur abonnement

> Voir les offres Premium

Joan MITCHELL
SANS TITRE, 1978
Huile sur toile, diptyque, signée en bas à droite
55 x 93 cm.

Provenance :
- Atelier de l'artiste
- Collection particulière, Paris

Contrairement à ses ainés du «Color Field» Clifford Still, Barnett Newman ou Rothko qui recherchaient une relation métaphysique avec le monde dans la reconnaissance et l´étendue «all over» de ce que la peinture en aplats et en champs toujours plus vastes permettait de percevoir, de communiquer et de transcender, Joan Mitchell en revient à l´expressivité de la matière, à cette relation toujours plus dense, recherchée et travaillée entre le perçu et sa traduction sur et dans l'espace de la toile tout en s'affranchissant d´une représentation littérale du réel.
Joan Mitchell appartient à cette génération de peintres qui préfèrent se référer à ce qui émane d'une toile plutôt qu'à ce qu'évoque un motif ou à chercher à l'imiter donc à le limiter.
Son travail apparait comme une forme de trait d´union, de point de jonction en même temps qu´une synthèse entre l´espace «all over», les grands formats et le courant de l´expressionnisme abstrait de ses compatriotes masculins américains dans son aspect le plus formel et ce qui vient proprement de la culture européenne (Van Gogh, Claude Monet) mais aussi cet aspect que Clément Greenberg a dénommé la «boîte bien faite»?: un rectangle encadré, fermé qui caractérise tout un pan de la peinture européenne.
Son installation à Vétheuil, la campagne normande la fait dialoguer avec Monet. Cette installation n'est pas fortuite. Elle augure une relation poussée, un dialogue américano-francais. On pourrait dire d'elle qu'elle est la plus française des artistes expressionnistes abstraits américains et la plus américaine des artistes français abstraits de l´après-guerre.
Cette toile de 1978 est un parfait exemple de liberté et de libération du geste et de la matière que l´artiste prend sans pour autant s´affranchir de la nature. Le peintre ne vit pas dans une cité, ne traduit pas ce que le monde urbain lui fait voir mais travaille au contact de la nature, se ressource et vit en elle. L'artiste est dans cet autre monde (celui de la peinture) et voit en même temps la nature comme elle est ici. Joan Mitchell est là-bas et voit ici.
La relation signifiant-signifié s´en trouve inversée?: le signifiant, c'est-à-dire le travail de la peinture agit comme révélation d´une réalité inconnue comprise par quiconque s´affranchit de l´image-interprétation du visible.
Ce tableau de 1978 peut évoquer la sensation d'un glacier, les masses sombres au centre, des profondeurs ou des gouffres, il n´en demeure pas moins que cette peinture est le fruit d´une orchestration de zones de couleurs et de matière froides et chaudes qui agissent sur la rétine comme autant de forces qui s'enfoncent ou se projettent à la surface.
Joan Mitchell, par la forme du diptyque, ici, renvoie au rectangle encadré, fermé, «cher» à Greenberg, véritable tableau d'autel des temps modernes.
Celui-ci affirme sa présence, sa réalité et «l´invisible espace temporel tient à distance le visible espace spatial, nous empêchant de situer, de préciser l´image» comme l'écrit Gaëtan Picon dans «Admirable Tremblement du Temps».

Demander plus d'information

Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes