Chargement en cours
Ma sélection

Lot 76 - Jean FAUTRIER - « LA CLAIRIERE », 1963 - Huile et pigments sur papier[...]

Adjudication sur abonnement

> Voir les offres Premium

Jean FAUTRIER
« LA CLAIRIERE », 1963
Huile et pigments sur papier marouflé sur toile signé et daté en bas à droite
81 x 130 cm
Provenance :
- Collection Sami Tarica, Paris
- Collection Serge Landau, Paris
- Collection particulière
Exposition :
« Jean Fautrier », Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Suisse, 2004, reproduit dans le catalogue de l’exposition sous
le no 91 page 155

Bibliographie :
Sera répertorié dans le catalogue raisonné de l’œuvre de l’artiste en préparation par Marie-José Lefort
« Le geste de peindre n’est pas simplement le besoin d’étendre de la peinture sur une toile et il faut bien admettre que le désir de s’exprimer, à l’origine, nous vient de la chose vue. Que cette réalité soit transformée, modelée à l’image du tempérament de l’artiste, que cette image finisse par devenir plus vraie que la réalité elle-même – soit –, mais l’apparence subsiste toujours, même à un moindre degré »
Jean Fautrier
Chez bien des artistes, les années d’enfance ont eu une influence considérable. Pour Hans Hartung ce fut l’éclair qui illumina sa chambre d’enfant à Leipzig, pour Pierre Soulages, la grandeur tellurique des mégalithes, pour Alfred Manessier, l’irisation des bâches de la mer du nord… pour Jean Fautrier, dont la grand-mère était Irlandaise, ce fut le noir charbon végétal, malléable et modelable des tourbières irlandaises. Transmutation d’un élément noir en lumière venue de la terre qui le fascinera sa vie durant. Cette maturation, Jean Fautrier la retrouvera en recouvrant sa toile d’un papier marouflé, lui-même recouvert d’un enduit épais de matériau hétérogène. Matière secrète, impénétrable, où se modifieront les situations réelles. « Tout vient de la terre et tout y retourne ».
La puissance réside dans l’inconditionné et Jean Fautrier ne peut accepter le monde comme une simple donnée, une pseudo-réalité, comme il ne peut concevoir l’homme en dehors du cosmos. La portée de sa peinture le place au-delà de ‘l’artiste peintre’. Pour œuvrer, il doit y avoir urgence. S’il n’y a pas urgence, s’il n’est pas taraudé par le désir, mieux vaut poser ses pinceaux et partir enseigner le ski. Il faut impérativement que le désir revienne pour qu’il soit à la fois le prédateur et la proie de sa peinture. Jean Fautrier est le peintre du contraire et du décisif, le peintre de la simplicité superbe et de l’impénétrable. Peindre n’est pas simplement une envie d’étendre de la peinture sur une toile mais un besoin impératif de transformer la réalité et d’en faire une réalité plus vraie qu’elle-même.
La « Clairière » peinte en 1963, l’année précédent sa mort, se situe dans la zone mystérieuse de l’incertitude où se frottent le possible et le réel. Expression hautaine et aristocratique, cette œuvre dépasse le temps des interrogations. Elle ne veut être que le passage sans changement brutal d’une valeur à une autre, l’encrage dans l’incertitude d’un ton déterminé. Sait-on s’il s’agit d’un rouge, d’un beige, d’un bleu, d’un gris ? Ce que l’on sait c’est que ces tons atteignent à une pureté cristalline. Le charme de ce tableau, sa prodigieuse qualité réside justement dans l’incertitude. Œuvre à la dignité exemplaire qui s’affirme comme un évènement spirituel et une hantise de l’ascèse. Proto-peinture, espace où art et matière de l’âme s’accomplissent, où se renforcent les antagonismes, où se rassemblent les matières psychiques et physiques, où la puissance émerge de la tension sous-jacente du monde, et si la rupture, l’éclatement, l’explosion sont tenus à distance c’est pour que se rassemble mieux la puissance d’une œuvre qui devient implosive.
Nous sommes irrémédiablement saisis par la force qui se dégage de cette œuvre, de sa matérialité mais aussi de ses lueurs irréfractables, de ses éclairs et de ses stries, de ses creux, aspérités, failles, grumeaux, qui torturent une pâte massacrée où s’accroche une lumière qui lutte loin de sa source et où l’ombre en profondeur se dérobe.
Il semble que dans la « Clairière », tout soit dit dans une obsession de l’outre-là. Comme la tourbe, comme la terre, ce tableau n’a pas besoin d’être compris, il a besoin d’être goûté.

Demander plus d'information

Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes