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Lot 67 - Jean FAUTRIER - « LES GRANDS ARBRES »...

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Jean FAUTRIER
« LES GRANDS ARBRES », 1958
Huile sur papier marouflé sur toile signé et daté en bas à droite, contresignée,titrée et datée 58 au dos
114 × 146 cm

Provenance : - Galerie René Métras, Paris
- Galerie Apollinaire, Paris
- Collection particulière, Paris

Expositions : - « Jean Fautrier » Städtisches Museum, Leverkusen, 1958
- Trentième Biennale Internationale d’art, Venise, 1960, no 89, exposition rétrospective, Fautrier y obtint le Grand Prix de Peinture

Bibliographie : « Jean Fautrier, pittura e materia », Palma Bucarelli, Milan, 1960, planche no 30 et reproduit sous le no 418, page 364

Informel : Tel est le mot qui immanquablement vient à l’esprit lorsque l’on parle d’une œuvre de Jean Fautrier. Peut-être faut-il prendre le terme inventé par Michel Tapie et qui s’appuie sur la philosophie existentialiste et la pensée orientale, dans un autre sens que celui de son étymologie. « Informel » étant fait de l’adjectif « Formel » précédé du préfixe négatif « In ». Tout Art par définition est fait de signes et de formes, l’œuvre de Fautrier ne saurait en être exempte, sans pour autant prendre en compte la forme des figures géométriques des abstraits du même nom, ou le dessin cursif des lyriques.
À la matière est dévolue la mission d’évoquer. De sa masse surgira l’esprit hors duquel tout est lettre morte. N’y parvient pas qui veut et Fautrier lui-même a dû s’inventer une technique particulière à la fois ordonnée et gestuelle, sensible et secrète. Il nous propose sa vision de la nature. Cette interprétation monumentale, à la fois lyrique dans son sujet et technique dans ses empattements, révèle l’harmonie esthétique de sa vision créative. C’est le paysage des âmes qu’il tente de saisir : les branches et le feuillage agités par le vent qu’il représente au centre de la composition, figurent le côté tortueux de la nature, comme il a déjà représenté celui de l’homme. « Les Grands Arbres », l’un des plus grands tableaux de l’artiste (114 × 146 cm) qui au premier regard pourrait passer pour une superposition de couleurs est en fait conçu principalement par une épaisseur de blanc, délimitée et posée au pinceau ou au couteau, créant des empattements d’où surgissent des reliefs striés ramassés en crêtes, ravins et crevasses. Les parties de la toile non traitées par les empattements de blanc sont recouvertes d’un enduit brillant posé à chaud sur lequel est versée une poudre de pastel, aussitôt intégrée à l’enduit. En résultera une apparence nouvelle à la fois brillante et grenue à la manière d’un crépi sur fond verni. La couleur est posée ensuite en couches très minces, le dessin intervenant en même temps que la coloration superficielle pelliculaire du blanc par huile colorée. Cette technique nécessite une toile tendue sur châssis et recouverte d’une ou de plusieurs couches de papier aussi fortement collées que possible. Ainsi, composer « Les Grands Arbres » exprime tout l’extraordinaire vécu sensoriel de Fautrier. Ses jeux de couleurs sont éclairés par la lumière intérieure qui habite le peintre à cette époque de sa vie. À travers le mortier que constitue sa texture, cette œuvre exalte les effets d’une matière animant des organismes gestuels d’une force d’expression à la fois pathétique et fantastique, qui prend sa source dans la vie et s’épanouit dans le tableau.
Mieux, il semble que Jean Fautrier dans ces « Grands Arbres » ait voulu tout rendre à la fois : à la terre son poids, à la nuit l’obscurité, à la cruauté sa tendresse, au jour son sourire, à l’âme sa part d’épaisseur. Tableau devenu monde élémentaire où la matière elle-même semble simple, indestructible et cependant presque indifférente à son propos, à l’image de ces promeneurs qui ont arpenté mille fois le même sentier, vu le même ruisseau, les mêmes cailoux, les mêmes mottes de terre, les mêmes arbres, et qui ne s’en soucient plus. Seuls les retient, un bref éclair le long d’une écorce, le pli d’une feuille, le frémissement d’une branche, l’agitation de l’eau. Dans son informalité la peinture de Jean Fautrier, à l’image du promeneur ne retient et ne révèle que ce qui suspend le sentier, le ruisseau, la pierre et l’arbre.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes