Chargement en cours
Ma sélection

Lot 135 - Jean DUBUFFET - « CHIFFRE LÉGENDAIRE DU LAVABO », 1965 - Vinyle sur toile [...]

Estimation : 800 000,00 € / 1 000 000,00 €

Adjugé à 1 015 480,00 €


Résultat avec frais

Jean DUBUFFET
« CHIFFRE LÉGENDAIRE DU LAVABO », 1965
Vinyle sur toile signée et datée en bas à gauche, contresignée, titrée et datée « février 1965 » au dos
100 × 81 cm

Provenance :
- Galerie Jeanne Bucher, Paris
- Galerie Beyeler, Bâle
- David Bonnier, Stockholm

Expositions :
-  « Ustensiles, demeures, escaliers de Jean Dubuffet », Galerie Jeanne Bucher, Paris, 1967, reproduit sous le no 13 du catalogue de l’exposition
-  « Jean Dubuffet: L’Hourloupe », Galerie Buren, Stockholm, 1967, reproduit sous le no 12 du catalogue de l’exposition
-  « Jean Dubuffet », Galerie Beyeler, Bâle, 1968, reproduit sous le no 8 du catalogue de l’exposition

Bibilographie :
-  « Catalogue des Travaux de Jean Dubuffet, Fascicule XXI: L’Hourloupe II », Max Loreau, éditions Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1968, reproduit en pleine page sous le no 75 page 47

L’œuvre de Jean Dubuffet est une œuvre de déculpabilisation, fondamentalement rebelle et rétive à la notion de beau. La beauté l’incommode à ses yeux, la beauté telle que définie par les Arts Plastiques, n’a pas de sens, pas plus que le laid. Il remplace ces notions caduques par l’humour, la vitalité, la santé et la joie. Le titre de ce tableau « Chiffre légendaire du lavabo » est en soi, affirmation d’une volonté d’être contre, contre le sérieux, le compassé, l’ennuyeux et le prétentieux. L’art, son art, est fête, non seulement pour les yeux mais pour l’esprit, terrain de jeux hors duquel la mort nous guète.
Depuis la série « des Marionnettes de la ville et de la campagne », jusqu’au « Non-lieux », en passant par le long cycle de l’Hourloupe (1962-1974) Jean Dubuffet a rejeté la notion d’œuvre d’art et s’il ne réfute pas les moyens, il en réfute la sacralisation, le sérieux, le snobisme et la prétention. Il serait en cela plutôt du côté des élèves-cancres-poètes que du professeur.
Œuvre étrangère a elle-même qui s’élève contre l’industrie, le commerce culturel et les Arts de la Culture. Il revendique la subversion, le déguisement, les renversements, les déferlements d’une logique insurrectionnelle. Et si dans cette œuvre l’on peut déceler une part de philosophie, c’est qu’il n’en part pas, il y arrive. Dans l’esprit et dans le cœur de Jean Dubuffet, il n’y a pas de sujets « nobles » ou « vulgaires », mais des sujets emprunts d’une poésie sous-jacente qu’il faut vouloir et savoir amener à la lumière. « C’est en tout domaine, le plus connu et le plus banal qui fait le mieux mon affaire ».
Aussi ce tableau exprime-t-il une paix joyeuse, une paix tonique et ardente, une exaltation sereine, sans jalons ni limites. Peinture de l’enroulement sur soi-même, riante et souriante où la notion même de dimension y chavire et s’y abolit. Par quelle magie ce tableau se dégage-t-il de la réalité destructrice et rejoint-il le monde sensitif, celui qu’appréhendent si bien les enfants, les clowns et les saltimbanques ? Imagination et subconscient semblent s’être donnés rendez-vous dans les enroulements, les courbes, les hachurages bleus et rouges pour former dans un espace donné, une image qui a son tour animera l’imagination du spectateur, se surajoutera à l’œuvre créée et augmentera son pouvoir. Ce n’est pas une notion de savoir faire, de techniques ou de quelques moyens picturaux appris dans les Écoles des Beaux-Arts ou les Académies, qui permettront de renouer le dialogue entre le créateur et le spectateur. Tout dans cette œuvre est question de vie, de regard et rien d’autre. C’est un monde où il n’y a pas d’objets tenus pour déplaisants. Cette œuvre fait la part belle aux lutins, aux elfes, à ces êtres dansants, remuants, irrespectueux, pour lesquels la vie est une ronde.
« Chiffre légendaire du lavabo » dans sa magnifique originalité s’élève dans l’espace mental avec le naturel d’une fête merveilleuse, une fête d’humour et d’humeur, de délire où tous les possibles sont possibles, où toute fumée, tout camouflage, tout faux-semblant sont éliminés. Cette œuvre n’est cependant pas une anti-peinture comme on a souvent tendance à le dire lorsqu’il s’agit d’un tableau de Jean Dubuffet mais un anti-masque, une peinture sans état d’âme, faite pour le plaisir.

Demander plus d'information

Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes