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Lot 141 - Jean DUBUFFET - « PERSONNAGE (EG 1.) »...

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Jean DUBUFFET
« PERSONNAGE (EG 1.) », 1962
Gouache et collage sur papier monogrammé et daté en bas à droite, titré et daté 27 juillet 62
au dos
67 x 50 cm

Historique :
Cette œuvre est la première Hourloupe réalisée par Dubuffet

Provenance :
- Atelier de l’artiste
- Collection Daniel Cordier, Paris
- Collection particulière, Genève

Expositions :
- « Jean Dubuffet : 1962-1966 », The Solomon R. Guggenheim Museum, New-York, 1966-1967, reproduit sous le n° 1 dans le catalogue de l’exposition
- « Jean Dubuffet : chefs-d’œuvre de l’Hourloupe », Galerie Baudouin Lebon et Galerie de France, Paris, 1988
- « Jean Dubuffet 1901-1985 », Galerie Nazionale d’Arte Moderna, Rome, 1989-1990, reproduit sous le n° 77 page 251 dans le catalogue de l’exposition

Bibliographie :
- « Dubuffet et le voyageur au centre de la perception », Max Loreau, éditions La Jeune Parque, 1966, reproduit
- « Catalogue des travaux de Jean Dubuffet. L’Hourloupe I », fascicule XX, Lausanne, 1966, reproduit sous le n° 28 page 199
-
« Jean Dubuffet : Délits, Déportements, Lieux et Haut Jeu », Max Loreau, éditions Weber, Lausanne, 1971, reproduit page 420

1962 est la date de création de « l’Hourloupe ». Cycle extrêmement important qui durera jusqu’en 1974 remplacé par la série du « Théâtre de la Mémoire ». Douze années de création hautement libertaire et poétique qui influenceront la Figuration Narrative. «Hourloupe» vient d’associations d’assonances : « «Hurler», «Hululer», «Loup», «Riquet à la Houppe» et «Le Horla» titre d’un livre de Maupassant inspiré par l’égarement mental. Peinture hurlement de loups où apparaissent des figures allusives qui émergent de la fragmentation de la surface. Formes cernées de noir, uniformément rayées de jaune, de bleu, de rouge, qui s’articulent en puzzle-labyrinthe dont l’expression fantasque se prolongera vers la sculpture (polyester expansé), l’environnement (salon d’été) et l’architecture (Jardin d’email).
Les tableaux du cycle de l’Hourloupe puisent aux sources de l’art populaire et au grotesque comme le faisaient les sculpteurs du moyen âge pour échapper aux abstractions de l’art byzantin. Jean Dubuffet refusera toujours de s’installer dans une douillette médiocrité mentale, aussi bien que dans un positivisme borné, ne voulant pas appréhender l’art d’une manière «badasse». De la pensée subversive qui conteste l’espace de la pensée métaphysique même et de la culture moderne, naitra ce « personnage » tout premier du cycle de « l’Hourloupe ». Oeuvre historique qui pour la première fois introduit le dessous dans le cercle de la pensée, dans l’axe du visible, c’est-à-dire qui fait entrer la «limite» dans l’espace du visible. Toutes les œuvres de ce cycle se déclineront à partir de ce premier personnage où toute la pensée révolutionnaire de Jean Dubuffet s’exprime. Œuvre qui se veut artificielle mais célèbre l’Homo-faber et s’offre comme le réceptacle d’immenses impulsions vitales. Inextricables enlacements de lignes aux contours sinueux, imbriqués, apprêtés comme pour de continuels et d’imprévisibles écarts. Dans ces formes immobiles, dans ces souterrains de l’élémentaire, ce cachot de couleur, quelque chose bouge. L’œuvre témoigne d’un devenir, d’une sorte de joie inséparable du sentiment de fécondité et de paix. Paix semblable à celle de la méditation de l’Asie où l’on peut croire à l’ivresse de l’informulé. Ivresse primaire, ostensiblement «seconde» que l’on peut rapprocher de l’image de la perfection des vitraux gothiques mais où se déroulerait notre civilisation technologique en perpétuelle oscillation entre le monde de la vie et l’univers artificiel, entre méditation primaire et secondaire.

Ce tableau, ce « personnage » ne peux être notre propriété, nous ne le possédons pas, c’est lui qui nous possède, c’est lui qui nous prend. Il est le labyrinthe dans lequel nous nous égarons, qui emprisonne notre regard, qui désagrège et démembre le réel. Déformation, interprétation, décentrement perpétuel sont les conditions indispensables à la création d’un monde figuré qui refuse tout ordre stable : le surréalisme, le classicisme ou l’abstraction moderne. «J’aime ce qui est embryonnaire, le mal-façonné, l’imparfait, le mêlé». Œuvre an-archique dans le sens premier du mot - sans hiérarchie -, où toutes les couleurs, toutes les formes ont une égale valeur. Œuvre in-civique qui regimbe, anéanti tout ce qui fonde notre culture, renverse les interdits et s’accomplit sans priorité en une sorte de révolution permanente qui cherche à bouleverser le langage de notre société.
Ce « personnage » de Jean Dubuffet est hors toute traditionnelle relation spatiale entre le visible et l’in-visible et s’impose dans l’in-fini par la grâce d’une hasardeuse gesticulation dont la sincérité et la poésie seront la marque essentielle du cycle de l’Hourloupe.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes