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Lot 168 - Gudmundur ERRO - « THE POPULAR QUEEN ou POP QUEEN »

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Gudmundur ERRO
« THE POPULAR QUEEN ou POP QUEEN », 1967
Acrylique sur toile signée, titrée et datée au dos
122 x 84 cm

Provenance :
- Collection Rasmussen
- Galerie Mathias Fels, Paris
- Collection Duperrier, Paris
- Collection particulière

Bibliographie :
« Erro », catalogue général, volume I, éditions Pre-art, 1978, reproduit sous le n°12 page 131


Il revient à Errò d'avoir apporté à la figuration narrative le souffle de la fantaisie inventive. Avec lui, l'évocation du monde réel bascule dans l'invraisemblance, dans la parodie,en même temps qu'il se livre à une attaque en règle des valeurs de l'establishment.
Charge critique à l'endroit du conformisme bourgeois dépendant de la société de consommation (produits manufacturés, culturels, sportifs, religieux, historiques). La représentation de ce monde va du pastiche à la dénonciation médiatique ou politique, même si certaines toiles demandent à être déchiffrées. Contemporain rebelle du Pop Art, Errò s'en détache en faisant pénétrer son œuvre dans la phase incandescente du baroque flamboyant. Ses tableaux poussent au crime de la consommation visuelle, de la boulimie oculaire en imposant systématiquement plusieurs centres. Processus agaçant pour les nerfs,l'objet du désir fuyant constamment,différant le plaisir de voir et de saisir pleinement un ensemble cohérent qui se refuse.
Les toiles d'Errò vous regardent toujours de face, de haut, vous imposent une vision glacée de l'humanité absurde et « Pop Queen » ou « Popular Queen » est une œuvre qui montre que le temps à venir, le temps « sain » est dans le désordre généralisé, dans la négation du muscle, du propre ridicule, dans l'éradication du microbe comme dans le sceptre désuet de la royauté. Les colifichets, les hochets ont fait leur temps, vient la contradiction et le poétique temps de l'utopie. À l'absurde, le pouvoir de révéler la splendeur inquiétante du chaos. Remise en cause aussi de la vie physique du tableau, de sa technique, abandon de la peinture-peinture de la Seconde École de Paris au profit des aplats, du trait acéré, cerné de noir comme dans la bande dessinée. « La peinture est un moyen, dit Errò, de tenter de découvrir la signification du monde confus ».Pour y parvenir, il a recours à une image discontinue, répartie en zones différentes de l'espace et du temps, qui établit curieusement une sorte de narration à plusieurs niveaux à l'image des ziggurats mésopotamiens. Le principe des analogies, les références culturelles ou historiques, la fragmentation des images, leur camouflage dans la multitude des plans sont autant de jeux narratifs débouchant insidieusement sur une remise en question de la situation mentale contemporaine.
« Pop Queen » est une œuvre dont l'humour fait appel à l'interrogation et l'interrogation se heurte aux analogies symboliques et aux équivalences comparées. L'accumulation d'éléments représentatifs, le caractère associatif de cette forme de reportage sociologique débouche par le baroquisme du traitement, sur un langage onirique et tonitruant qui a le mérite d'être à la fois anti-objectif et réaliste. L'exubérance des images, l'acharnement maniaque avec lequel Errò remplit l'espace de sujets qui n'ont rien à voir les uns avec les autres : la femme à sa toilette, le guitariste rock, la Reine d'Angleterre avec sceptre et couronne aux cotés du premier tableau Pop dû à Richard Hamilton « Mais qu'est-ce qui rend nos intérieurs si différents et si attrayants » où pour la première fois apparaît sur la lollipop du Monsieur Univers d'alors, le mot POP. Tableau symbole d'un bilan dressé avec la logique arbitraire de la spontanéité qui tient une place capitale dans l'histoire de la Popular Painting, par son étonnant mécanisme de juxtaposition et de superposition de la pensée, face à l'acquis culturel.
Il ne fait pas de doute qu'Erro a toujours eu un goût prononcé pour la mise en doute des idées reçues. En faisant poser « Pop Queen » aux côtés de l'Hercule à la sucette du tableau d'Hamilton, il nous remet en mémoire la phrase de Molière des Fourberies de Scapin : « Que diable allait-‘elle' faire dans cette galère ».

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes