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Lot 163 - Gilles AILLAUD - « LIONS EN CAGE », 1972

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Gilles AILLAUD
« LIONS EN CAGE », 1972

Huile sur toile
198 x 277 cm

Provenance :
- Galerie Claude Bernard, Paris
- Collection particulière, Paris

Expositions :
- « Gilles Aillaud », Galerie Claude Bernard, Paris, 1974, reproduit en couverture du catalogue de l'exposition
- « Réclusion faunique », Musée Buffon, Montbard, 2004
- « Une monographie », Galerie de France, Paris, 2005
- « Gilles Aillaud », Villa Medicis, Rome, 2007
- « La Nouvelle Figuration », Musée National de Monaco, Monaco, 2007
- Musée des Beaux-Arts de Dole, 2009

« Il n'y a rien de plus lointain qu'un animal, il ne fixe pas son regard dans l'espace où tu es et on se demande ce qu'il pense. Il ne pense pas qu'il est enfermé - il ne le suppose même pas. On est en face de ce qu'il y a de plus loin et en même temps très proche de soi puisque l'on a soi-même une vie animale »
Gilles Aillaud

Gilles Aillaud c'est plus et autrement que l'expression d'impression transcrite par le moyen traditionnel de la peinture et de ses règles. Tout d'abord apparenté au mouvement de la figuration narrative, il s'en dégage au profit du motif auquel il insuffle sa propre ligne de réflexion. Artiste contestataire, il exprime à travers la chose peinte ses convictions et sa morale. Le tableau devient un objet fonctionnel de transmission de son message politique. Art comme prise de position dans le monde, comme façon d'être au monde, comme lien entre les hommes et dont l'identification ne s'établit plus entre un individu et un objet singulier, mais entre cet individu et le reste de sa communauté. Toute l'invention picturale de Gilles Aillaud tient à sa façon de travailler la lumière, la couleur et la mise en page et ne procède pas de leçons de peinture ; sa peinture s'invente sur une énigmatique obligation de ressemblance.
Pendant des années, Gilles Aillaud, s'est intéressé aux animaux « ces âmes adolescentes » dont parle Saint François d'Assise, qui s'humilient au fond des cages des parcs zoologiques. Beaucoup plus qu'une métamorphose sur la privation de liberté, le thème de l'animal est la quête d'un retour à l'intériorité de l'être, thème qui fut en son temps développé par Parménide qui veut que l'être soit un, continu et éternel. Cet accent philosophique de l'être à l'intérieur de son animalité s'affirme par un symbolisme interne intégré aux images compositionnelles. Dans cette œuvre, afin que le propos soit bien compris, l'enfermement des animaux est accentué par l'abondance des grilles placées au premier plan qui renvoient à la séparation et à l'isolement à l'intérieur de l'espace carcéral. La cage isole des présences comme des prélèvements du monde, elle renvoie en force l'idée d'archéologie mais exploitée autrement. La métamorphose joue son rôle dans l'écrasement des animaux au fond de la cage. Les couleurs froides accentuent, renforcent si besoin était, l'inhumanité de l'espace, où l'animal est pétrifié à l'intérieur de sa vie. L'homme en prison comme le lion en cage, de par l'enfermement, ne sont qu'image d'homme et qu'image de lion. Ce qui fit le lion, comme ce qui fit l'homme est ailleurs, dans la liberté perdue.
Le spectateur de ce tableau se sent à la fois très proche et très éloigné de la scène qu'il observe. Le but visé n'est pas seulement ici d'atteindre à une image explicite, mais d'apporter au regard extérieur un monde secret où chaque image renvoie à un double mental. Brisé, enchaîné, le roi devient mouton et Gilles Aillaud n'admet pas la règle du plus fort, son tableau est une œuvre contestataire chargée de nous imposer une autocritique. Pas de domestication jamais, ni dans la vie, ni dans l'art, et pas d'image captive. Il faut cesser de tourner en rond et regarder ce tableau en face. Les animaux de cette cage s'ils conservent un pelage fauve et lustré sont volontairement tournés vers l'intérieur de la cage comme des hommes humiliés dont on a volé l'âme et qui ne se regardent plus. Si Gilles Aillaud dans cette œuvre humanise son sujet, c'est qu'il est capable de saisir la sensibilité des choses et de la restituer par un subtil travaille de la matière picturale. L'animal, dans sa prison, n'est qu'une lumière brusquement plus légère, sans évaluation, un museau posé sur une patte fermée comme un point.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes