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Lot 34 - Georges ROUAULT - « PIERROTS AU BOUQUET, ... »

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Georges ROUAULT
« PIERROTS AU BOUQUET, HARMONIE VERTE », vers 1946
Huile sur papier marouflé sur toile portant le cachet de la signature et le cachet de l'atelier au dos
29 x 22,5 cm

Certificat d'Isabelle Rouault
Provenance :
Succession de Madame X
L'image du clown est une constante inhérente à la progression de Rouault, celle qui persiste quand filles et juges disparaissent et qu'après exorcisme et meurtrissure, les thèmes sacrés se substituent aux thèmes profanes. Depuis les Gilles de Watteau dont les Pierrots de Rouault sont les versions modernes, le clown est devenu le symbole de l'artiste exilé et de condition dérisoire. Rouault élargit l'identification au destin commun de tous les hommes « j'ai vu clairement que le pitre c'était moi, c'était nous, presque nous tous … »
Si le mystère chrétien est le drame de l'incarnation, la lutte sur le théâtre du clair-obscur entre l'âme et ses oripeaux en est l'expression suprême, comme le sont les Voiles de Véronique et les Saintes Faces après la Passion. Dans cette perspective, le clown innocent et sacrificiel de Rouault perpétue l'holocauste et devient le double emblématique du Christ aux Outrages. Pour Jacques Maritain, les clowns de Rouault portent en eux une telle pureté que tout philosophe devrait s'interroger sur la vertu de l'art.
Exigence morale, nécessité spirituelle et maîtrise plastique coïncident absolument et déterminent comme dans ces Pierrots au Bouquet un accomplissement souverain, conquit dans une solitude héroïque sur le tumulte des hantises contradictoires. Dans cette œuvre, Georges Rouault domine sa création avec une sorte de majesté sereine, dressée comme une icône sous les feux conjoints de l'orient et de l'occident, illuminée par la rayonnante splendeur surnaturelle d'une lumière qui s'inscrit dans l'épaisseur terrestre de la matière. Cette palpitation des reflets, Rouault la porte en lui et la projette en images qui font songer à un art populaire aux vertus ouvrières qui les rendent si précieuses, ou bien encore aux enluminures médiévales, au travail des peintres verriers du XIIIe siècle. On est frappé face à ce tableau par l'accent personnel avec lequel il fut construit et par la touche originale d'une individualité qui sépare l'œuvre de son temps et s'oppose à toute classification. Le trait a un rôle de premier plan en se rendant indépendant du contour des formes. Le trait de Rouault évoque encore la ligne d'ombre, mais détachée de sa localisation spatiale. Au lieu d'adhérer à la zone lumineuse et de la souligner, il fait contraste avec elle et joue son propre jeu. Traits et couleurs s'affrontent dans un libre dialogue et répètent chacun dans son langage propre, la signification du tableau.
De même que Péguy répète sa phrase pour la mieux faire pénétrer, Rouault reprend son sujet, le répète, le double d'un gros trait pour mieux traduire l'instant d'une vision. Et les Pierrots au bouquet sont précisément des êtres qui viennent d'ailleurs, des êtres humbles, des êtres lunaires qui projètent au grand jour leur triste état humain, des êtres dont Georges Rouault a voulu qu'ils soient nos frères.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes