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Lot 86 - Georges MATHIEU - « CAPITULATION DU VALI ABOU THOR », 1956

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Georges MATHIEU
« CAPITULATION DU VALI ABOU THOR », 1956

Huile sur toile signée et datée 18 mai 1956 en bas à droite
248 x 151 cm

Provenance :
- Galerie Rive Droite, Paris
- Collection Dotremont, Belgique

Exposition :
Museum Boymans Van Beungingen, Rotterdam

« Lorsque j'allais, en 1956, introduire ou plutôt réintroduire la notion de jeu dans l'art et dans la culture, et ce assez timidement d'ailleurs puisqu'il s'agissait d'un jeu, dans la préparation et non dans l'exécution des œuvres, c'est toutes les barricades du scandale qui allaient se soulever contre moi ».
Depuis cette attitude du public, il y a de cela maintenant cinquante ans, un demi-siècle, on a compris que le geste de Georges Mathieu n'était pas mise en scène cabotine, paranoïa dalinienne, gesticulation hystérique, mais bien plutôt levier de la genèse, moteur, courroie de transmission de tout. Le geste crée, exprime, nous sommes tous sous son emprise. Sans geste, rien ne naît.
De ce geste Georges Mathieu s'est fait une arme, une épée, un sabre, une lance pour des joutes chevaleresques, le réceptacle d'énergie qu'il libèrera a un moment donné, d'un coup, qui jaillira sur la toile comme le sang d'une artère. Syncope, déploiement, bifurcation, virevolte, chorégraphie qui ne s'achèvera que lorsque tout son potentiel sera délivré, quand l'énergie émise se rebouclera, sur la rive de son essor. C'est par le geste, dont la toile porte témoignage que Georges Mathieu se réalise, qu'il se prolonge, qu'il s'élance, en un grand saut périlleux suicidaire au-dessus d'une abîme ou il risque à chaque instant, à chaque saut de s'anéantir. Geste épopée qui nous émeut par son élan, sa prise de risque ; reflet intense de la vie, de l'influx nerveux. Ainsi le tube a-t-il prit le relais du pinceau trop intellectuel. On l'écrase du doigt, on le presse, on le tord, la couleur est là, épaisse, primordiale, naturelle, authentique qui redonne au créateur par sa brusque explosion la santé insultante dont il a besoin.

Ce tableau au titre épique « La capitulation du Vali Abou thor » est né de la transe, d'une sorte de chamanisme, qui se déprend de tous les déterminismes pour susciter le geste, le dynamisme, la voyance, la danse. Rite de passage, mutation, dépassement des limites du tableau. Armé de tubes, de brosses, de chiffons, Georges Mathieu bondit, se courbe, se plie, danse, se détend, se cabre, s'affole, crève l'écran de la surface, traverse l'opacité de toutes les références. Moment souverain, passion, instant béni qui outrepasse les codes, relègue à l'arrière-plan les mondes intérieurs et découvre à l'artiste un monde, une autonomie insoupçonnée. Une œuvre comme celle-ci affirme, par sa liberté, sa gestuelle, son graphisme, sa musicalité, sa violence, sa spontanéité, donc sa sincérité, que la création est accessible à tout homme, qu'il suffit d'oser un geste solaire pour que la vie commence. Il n'est pas utopique de penser, devant cette œuvre, que le rêve de Georges Mathieu serait un monde sans concept, né d'un cri, d'un souffle, d'un geste, d'une arabesque géante.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes