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Lot 61 - Exceptionnel et rare bureau plat de forme rectangulaire

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Exceptionnel et rare bureau plat de forme rectangulaire à décor marqueté en contrepartie d'ébène sur fond de laiton. Il ouvre par trois tiroirs en ceinture dont celui du centre en léger ressaut et repose sur des pieds cambrés en « sabre ».
Il présente en ceinture et sur les pieds un riche décor marqueté de rinceaux et vrilles composés de fleurons, fleurs et feuillages dans des encadrements de moulures en bronze.
Les ornements en bronze doré se composent de chutes à masques de satyres dont la barbe enroulée marque la naissance de l'arrête des pieds. Le tiroir central présente une poignée tombante surmontée d'un masque de Démocrite d'un côté.
Les entrées de clefs des deux autres tiroirs sont représentées par des masques de femmes coiffées de fleurs. Sur les petits côtés, deux importants masques de Bacchus prennent place au centre des rinceaux. Les pieds sont enchâssés dans un sabot composé de feuillages en enroulement.
Plateau débordant ceint d'une lingotière sans écoinçons.
Certains bronzes poinçonnés au « C » couronné.
Attribué à André-Charles BOULLE.
Circa 1710-1720.
Hauteur : 80, 5 cm.
Largeur : 189 cm.
Profondeur : 92 cm.
(Accidents et manques)

La présence du « C » couronné sur certains des bronzes d'ornements permet de penser qu'entre février 1745 et février 1749, soit ce bureau fut dans le commerce parisien, soit il fut en cours de restauration dans un atelier d'ébénistes. En effet, cette marque correspond au prélèvement d'une taxe qui fut appliquée « sur tous les ouvrages vieux et neufs de cuivre pur, de fonte, de bronze et autres, de cuivre mélangé, moulu, battu, forgé, plané, gravé, doré, argenté, et mis en couleur sans aucune exception?» (Edit de Louis XV enregistré le 5 mars 1745).
(Condition Report sur demande).
Expert : Monsieur Morgan Blaise - Cabinet Quéré-Blaise
Provenance :
SMI le Sultan Abdülhamid II (1842-1918).
SAI le Sultan Selim Effendi Hamid Han Arabi (1909-1999).
Et resté dans sa descendance jusqu'à ce jour.

Bibliographie :
- Sultana d'Osman Han : The Legacy of Sultan Abdülhamid II, Etats-Unis d'Amérique, 1989.
- Pradère, A. : Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, éditions du Chêne, Paris, 1989.
- Ronfort, J-N., André-Charles Boulle, un nouveau style pour l'Europe, Smogy, Italie, 2009.
- Saule, B. : De Topkapi à Versailles, Trésors de la Cour, RMN, 1999.
- Thornton, P. : Authentic Décor, the domestic interior 1620-1920, 1984.
- Verlet, P. : Les bronzes dorés français du XVIIIè siècle, Paris, seconde édition, 1999.
- Archives Diplomatiques, Mémoires et documents, France, volume 2097 (Présents du Roi).

Historique :
Le bureau plat que nous présentons est directement associé à l'histoire de la dynastie des Sultans de l'Empire ottoman.
Il faut remonter à l'ambassade de 1721, lorsque Louis XV reçu l'ambassadeur de la Porte, Mehmet Effendy pour prendre connaissance des présents diplomatiques offerts à cette occasion. Parmi eux figurent : « Une armoire, un bureau, une commode de bois d'acajou et ornés de bronze doré garnis de velours et de marbre le tout revenant à 3900 livres » (Archives Diplomatiques).
Le bureau mentionné, dont la description reste lacunaire, peut être rapproché de celui que nous présentons. La particularité du velours tendu comme c'est le cas sur notre bureau, le prix total estimé pour les trois meubles et le fait qu'aucun bureau ne fut offert lors de l'ambassade de 1742 semble conforter celui-ci comme présent de Louis XV auprès du Sultan Ahmed III.
De plus, par tradition orale, le Prince Selim, alors enfant, jouait sur un tapis sous ce bureau alors que son père le Sultan Abdülhamid II y travaillait. L'ouvrage écrit par SAI la Princesse Nadine relate cet épisode : « Prince Selim recalled the large Boule desk inlaid with brass and rubies, its top covered by a dark green felt, that occupied the study. On the floor was a large Hereke rug, predominantly cream and red on which Prince Selim played. He was now four years old. »
Le Prince Selim étant né en 1909, il avait donc entre trois et neuf ans à cette époque. Période durant laquelle le Sultan Abdülhamid, privé de sa liberté, en résidence surveillée au palais de Beylerbeyi, écrivait ses Mémoires, peut-être sur ce bureau. Après sa mort en 1918, ce bureau ainsi que plusieurs autres meubles et objets accompagnèrent le Prince Selim et sa famille à Alexandrie en Egypte durant l'Exil. Puis en France lorsqu'ils vinrent s'installer définitivement dans une propriété du sud-ouest.
Le fait que ce bureau fut serti de rubis par le passé conforte la provenance évoquée précédemment. Seul un Sultan possédant à la fois le goût et la fortune pouvait faire exécuter un tel travail, conférant aux ornements en bronze doré un rôle secondaire de support afin de valoriser des pierres précieuses. Ces pierres, aujourd'hui disparues, purent servir de monnaie d'échange ou bien furent dérobées lors de l'Exil.
Le Palais de Beylerbeyi fut commandé par le Sultan Abdülaziz (1830-1876) et construit entre 1861 et 1865 comme résidence d'été et palais destiné à recevoir des hôtes étrangers en visite officielle. A ce titre, l'impératrice Eugénie visita le palais lors de l'inauguration du Canal de Suez en 1869.
Dans l'état actuel de nos connaissances, nous avons répertorié à ce jour seulement neuf autres bureaux plats du même modèle, soit en première partie, soit en contrepartie :
- Celui conservé au château de Boughton et appartenant au duc de Buccleuch, offert par Louis XIV au duc Ralph de Montagu (en marqueterie de laiton et d'écaille en première partie).
- Celui conservé au château de Drumlanrig en Ecosse et appartenant également au duc de Buccleuch (en marqueterie de laiton et d'écaille en première partie).
- Celui provenant de l'ancienne collection Tannouri et vendu par l'étude Ader-Picard-Tajan à l'Hôtel Georges V, le 15 novembre 1983, lot n° 42 (en marqueterie de laiton et d'ébène en première partie).
- Celui provenant de l'ancienne collection Von Rothschild et vendu par Christie's Londres le 23 juin 1999, lot n° 130 (en marqueterie de laiton et d'écaille en première partie).
- Celui vendu par Christie's Londres le 6 juillet 2006, lot n° 200 (en marqueterie de laiton et d'ébène en contrepartie).
- Celui provenant de l'ancienne collection Roussel et vendu par Sotheby's Monaco le 22 juin 1986, lot n° 550 (en marqueterie de laiton et d'écaille en contrepartie).
- Celui vendu par l'étude Ader à la galerie Charpentier le 30 novembre 1955 (en marqueterie de laiton et d'écaille en contrepartie).
- Celui vendu par l'étude Joron-Derem à Drouot le 8 décembre 2008, lot n° 310 (en marqueterie d'étain et d'écaille en contrepartie).
- Celui vendu par l'étude Martin à Versailles au Palais des Congrès le 17 février 1974, lot n° 226 (en marqueterie de laiton et d'ébène en contrepartie).
Un dernier bureau identique mais en placage d'amarante vendu lors de la dispersion de la collection Jacques Doucet en juin 1912, lot n° 317.
Le rôle considérable d'André-Charles Boulle dans la création du bureau plat moderne tel que nous le connaissons aujourd'hui.
André-Charles Boulle, désireux de rompre avec la rigueur des bureaux à huit pieds reliés par une entretoise, alors très à la mode vers 1670-1680, prit le parti de dessiner un meuble sur quatre pieds extérieurs afin de libérer l'espace au sol. Ces pieds devinrent cambrés vers 1710 selon le dessin attribué à André-Charles Boulle qui entérine cette évolution (dessin conservé au musée des Arts Décoratifs à Paris, inv. 723 B 2). Boulle créé alors un meuble qui allait devenir un élément incontournable de toute grande collection : le bureau plat à quatre pieds.
L'attribution au célèbre ébéniste repose, outre sur la stylistique identique à l'œuvre de Boulle, sur la présence de têtes de Satyres aux angles du meuble. Or, ces bronzes se retrouvent sur un célèbre modèle de console, appelée « Grande Table » dont la gravure est publiée entre 1707 et 1730 par Jean Mariette (planche V). On connaît des réalisations de ce dessin, soit avec le tiroir central en ressaut des deux tiroirs latéraux comme sur le bureau présenté, soit avec celui-ci en retrait des deux autres. La passation de six à quatre pieds s'est faite par le biais de pieds à la section plus importante et au galbe moins prononcé que dans la phase précédente. Ce principe adopté durant les années 1710 s'effaça dans la décennie suivante au profit de pieds beaucoup plus légers et cambrés annonciateurs des bureaux Louis XV. Le tableau attribué à François Guérin et exposé en 1769 au Salon de Paris, illustre bien cette évolution montrant un couple conversant près d'un bureau plat du même type mais aux courbes déjà plus marquées.
Notre bureau constitue donc la première étape de l'évolution des bureaux dans l'œuvre de Boulle qui doit être considéré comme l'inventeur du bureau plat.
Les ornements en bronze doré.
Outre les masques de satyre évoqués précédemment, on remarquera sur le tiroir central la présence du masque de Démocrite, le philosophe riant en opposition à Héraclite, le philosophe triste aujourd'hui disparu mais qui ornait probablement le tiroir opposé du bureau présenté. Les documents d'archives nous sont d'un grand intérêt dans la mesure où ces ornements n'apparaissent pas sur l'œuvre gravée de Boulle. L'attribution au maître repose donc en cette occurrence sur la présence de ces ornements au sein de son atelier. C'est en effet dans l'inventaire après décès de l'ébéniste dressé en 1732 que l'on trouve mentionnée, au n°?21 de la liste des bronzes, une « boeste contenant des masques d'Héraclite et de Démocrite… ».
Boulle sollicite les talents de sculpteurs célèbres de l'époque pour créer des modèles dont il ornera ses meubles. Voisins aux Galeries du Louvre ou collaborateurs sur les commandes des Bâtiments du Roi, des sculpteurs tels que Girardon ou Coustou, tirant leur inspiration de la mythologie et de la l'Antiquité classique créent des modèles originaux à la demande de Boulle.
A ce titre, le modello de la tête de satyre est réalisé par le célèbre sculpteur Girardon (le dessin est conservé au musée des Arts graphiques du musée du Louvre).
Planche 5 de Jean Mariette


La technique de la marqueterie d'écaille de tortue et de métal dite « Boulle ».
Si André-Charles Boulle n'est pas l'inventeur de ce type particulier de marqueterie, il en est sans doute le génial propagateur. Il développa en effet une technique existante, la Tarsia a incastro, qui consiste à superposer tel un sandwich les différents matériaux (ébène, écaille de tortue, cuivre, …) afin de les découper simultanément selon un poncif. Cette technique permettant d'obtenir un négatif et un positif, c'est-à-dire une marqueterie de cuivre sur fond d'écaille (autrement dit une première partie) et une marqueterie d'écaille sur fond de cuivre (c'est-à-dire une contrepartie comme c'est la cas pour notre bureau). On ne s'étonnera donc pas de rencontrer un jour peut-être un bureau identique en tous points à celui présenté, mais figurant un décor en positif de celui-ci, c'est-à-dire en première partie.
Né le 11 novembre 1642 à Paris, André-Charles Boulle est issu d'une famille originaire de Hollande.
Le ministre Colbert le désigne lui-même comme « le plus habile de Paris dans son métier » et dès 1672 par privilège royal la Reine signe un brevet le qualifiant « d'ébéniste, ciseleur et sculpteur du roi ». Boulle se trouve ainsi soustrait du système corporatif et peut cumuler au sein de son atelier le travail du bois et du métal. Il contrôle ainsi la création de ses meubles, depuis leur dessin jusqu'à leur entière fabrication.
Travaillant au début de sa carrière pour les Bâtiments du Roi, c'est à partir de 1700 que l'ébéniste exécute ses premiers travaux pour le roi Louis XIV puis pour la jeune duchesse de Bourgogne. En 1712, Boulle fournit deux bureaux pour Versailles, l'un en marqueterie pour la Dauphine, le second destiné au Roi, en « marqueterie d'écaille de tortue enrichi d'ornements de bronze doré d'or moulu ». Quelques années plus tard, en 1715, Boulle alors âgé de soixante-treize ans fait donation de son affaire et de tous ses biens à ses quatre fils mais durant l'été 1720, un incendie détruit ses ateliers de la place du Louvre ainsi qu'une partie de ses collections.
André-Charles Boulle meurt en mars 1732.

Commanditaires et clients d'André-Charles Boulle
Comme le souligne Alexandre Pradère dans son ancienne étude sur l'ébéniste : « Les descriptions de ces bureaux dans les catalogues - de ventes aux enchères - du XVIIIè siècle sont trop vagues pour permettre des identifications sérieuses. De même leur présence dans les portraits de Roslin des années 1770-1780 est trop systématique pour que l'on puisse en conclure qu'ils appartenaient aux personnages représentés. Tout au plus peut-on dire qu'ils étaient l'attribut indispensable des financiers et grands personnages de cette époque ».
En effet, les clients de Boulle sont surtout des financiers, ministres ou hauts-fonctionnaires parmi lesquels il faut citer Samuel Bernard chez qui un grand bureau plat est décrit en 1739, Blondel de Gagny, Claude Darras ou des ministres comme d'Argenson, Jean de Boullongne (en 1787), le célèbre Calonne (en 1788) et le duc de Choiseul-Praslin (en 1793).
A cette liste, il faut ajouter des monarques et des grands seigneurs comme le duc de Bourbon, le duc de Penthièvre pour son hôtel de Toulouse, le duc d'Antin (en 1736) et le maréchal d'Estrées (en 1738).

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