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Lot 188 - ARMAN - « ATTILA », 1964

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ARMAN
« ATTILA », 1964

Violoncelle calciné dans plastique sur fond argent, signé, titré et daté au dos
153,5 x 103,5 x 15cm

Provenance :
- Collection René de Montaigu, acquis chez l'artiste en 1965
- Collection particulière

Exposition :
Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, Paris, 1965

Bibliographie :
- « L'art d'après demain », Alain Jouffroy, L'oeil, n°142, 1966, reproduit page 11
- « The parisian avant-garde », Jan Van Der Marck, Art in America, décembre 1973
- Fondazione Mudima, Venise, 1991, reproduit page 20 du catalogue
- « Arman », catalogue raisonné vol III, Denyse Durand-Ruel, reproduit page 94 sous le n°172

« Une nature morte iconoclaste. Brisés, sciés, hachés, calcinés, les instruments de musique de l'orchestre classique sont à la peine avec la série des « Colères » qu'Arman commence dans le début des années 60. Le motif des instruments de musique demeura récurent dans son oeuvre…Cette oeuvre bivalente est tout à la fois un hommage à la nature morte hollandaise par la rigueur de la composition et un geste d'une violence féroce à l'encontre de toute fétichisation de l'art »
Bertrand Clavez

C'est à partir de 1964, après la période des « cachets », des « allures d'objets », des « poubelles » qu'Arman va utiliser la résine plastique et figer ses « colères » dans un « temps mort ». Par ce procédé, il éloigne l'objet de la réalité et accentue sa prise de pouvoir sur lui. Détournés de leurs fonctions premières à laquelle notre vision était habituée, les objets vont acquérir une dimension « contemporaine ». C'est-à-dire qu'ils vont subir une mutation de leur état et de leur fonction par déconstruction. Transformés, ils s'opposeront à l'esthétique traditionnelle de « la belle ouvrage ». Pourtant ces objets restructurés ne sont pas hors esthétique, mais agent d'une esthétique nouvelle dont la beauté tient dans l'usagé, le détruit, le calciné, la cassure ou la brisure. L'artiste est le maître d'oeuvre de cette nouvelle beauté mais en est-il responsable ? Ou la doit-on à l'agressive beauté de ces pièces « ruinées » ? Le faire et le voir sont-ils opposables ? Questions sans réponses puisque l'une des fonctions de l'artiste est justement de donner à voir.
Attila, sans doute hommage au grandiose destructeur historique, nous met en face de l'anéantissement métaphorique de la vie. De la chaire calcinée du violoncelle se dégage l'illusion de l'immuable, la nostalgie du temps, la transcendance d'une renaissance et l'indispensable réflexion sur la notion de durée. Trajet fascinant que celui des objets, de leur production à leur destruction en passant par leur consommation. « Ils existent, ils changent, ils meurent »
Existants, ils sont utilitaires, changeants, ils sont métaphoriques, mourants, ils sont vivants. À l'artiste échoit le pouvoir de transgresser le réel et d'afficher la métempsychose d'une aventure fondamentale.
En créant cette oeuvre, Arman agit librement, non pas en dehors de toute nécessité, si cela était le cas, ce serait le pur néant, au contraire il pose ici la question de la nécessité d'agir comme expression de la réalité absolue. Réalité absolue qui accepte le hasard, l'impondérable, le sensitif, et la conscience que toute chose, tout être n'existe qu'en fonction de son rapport avec les autres.
René de Montaigu, en son temps propriétaire de cette oeuvre, a bien compris son importance en s'en rendant acquéreur. En effet, ce Violoncelle calciné reposant sur un fond d'argent va bien au-delà de son apparence et de la joliesse de ses formes sculptées par les flammes du feu purificateur. N'étant plus selon sa nature primitive, il en dépasse l'esthétisme pour aborder au règne de la vérité. Ce qui n'est plus reste vrai puisqu'il y a accord entre la sensibilité et l'entendement, par participation entre l'émetteur (l'artiste, la chose) et le récepteur (le spectateur).
Les oeuvres d'art sont en général des oeuvres de l'esprit, en tant que telles, elles ne reflètent pas seulement un milieu et une époque, mais prospectent les possibilités de l'homme.
« Attila », l'objet Attila, manifeste par son universalité concrète l'universalité abstraite de l'idée d'humanité.

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes