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Vente Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse

Vente du Dimanche 6 juillet 2014

Tableaux Abstraits et Contemporains, Sculptures

Peintures & Arts Graphiques

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Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse - 78000 Versailles (France)

Résultats de vente avec frais

Lot 137 : Anselm KIEFER - « GEHEIMNIS DER FARNE »...


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Anselm KIEFER
« GEHEIMNIS DER FARNE », 2006
(LE MYSTERE DES FOUGERES)
Huile, émulsion, acrylique, laque, ronces, fougères, vêtements et plâtre sur toile sur panneau dans un emboitage, titré en haut à gauche
190 x 140 cm

Provenance :
- Galerie Thaddaeus Ropac, Paris
- Collection particulière, Genève

On a souvent voulu voir dans le travail d’Anselm Kiefer le côté scandaleux, iconoclaste, provocateur, son goût de la mise en scène et son goût du spectaculaire.
Ce serait compter sans le fait tragique d’une naissance à Donaueschingen en Allemagne en 1945 dans la cave bombardée d’un hôpital.
Ce serait sans compter avec les raids aériens, les bombardements, les ruines, le nazisme, l’holocauste, la défaite et la mort, mort partout banalisée.
On ne se remet jamais de l’horreur. «J’ai l’impression d’avoir conservé des souvenirs antérieurs à mon existence sur terre».
Pour vivre, Anselm Kiefer a dû faire son deuil, le deuil d’une Allemagne créatrice d’apocalypse pour le monde et pour sa propre culture. Pour vivre il dût briser le silence pudique qui recouvre le monde de ces années-là.
Pour vivre il n’eut que la peinture. Rien d’étonnant pour que cette peinture, pétrie de références fasse la part belle à l’émotion directe.
Peinture post-romantique, néo-expressioniste, qui a sa source dans un passé vécu qui le hante « je ne suis pas pessimiste, je suis désespéré ».
Pour exorciser le mal, il va pétrir la matière, la torturer, lui imposer une quantité d’éléments non picturaux, mêlant étrangement des objets à la peinture à l’huile, du textile aux végétaux.
Il insiste sur l’insolite, il en a besoin, comme il a besoin de gros plans et de frontalité théâtrale pour plus d’ambiguïté encore, pour plus de tragique, pour plus d’ironie. Démarche arbitraire, sans doute, mais ô combien nécessaire.

Ces œuvres construites avec des matériaux qui n’appartiennent pas à la peinture, explorent les fondements de l’existence en ramenant à la surface la culpabilité d’un passé tour à tour revendiqué et rejeté.
Œuvres où se confrontent un devenir pressenti, une mémoire qui ravive les souvenirs douloureux et cherche une cause au chaos.
En ce sens, cette œuvre titrée «Geheimnis der farne, 2006, (Le mystère des fougères)», pourrait apparaître comme narrative dans la mesure où ses composantes, fougères, vêtements d’enfants… sont des réminiscences et des évocations d’un temps où la barbarie assassinait l’innocence.
Œuvre tragique qui nous happe, qui nous intègre dans sa matière intense, éternelle comme les fougères, éternelle comme les vêtements d’enfant.
Œuvre dotée d’une énergie singulière, voyage au bout de la nuit, poésie noire et blanche où chaque forme a son poids de volume et d’émotion, où tout est dense, abrupte.
Chaque trace de peinture, chaque élément renferme en lui un esprit. Empâtement chargé de rehausser le caractère pathétique des tableaux, d’approfondir le caractère ancestral et mystique des objets qui la composent. «Un artiste n’a pas de mission. Mais il produit un sens. Mon rôle n’est pas de changer le monde mais de chercher à le recomposer, à en donner une autre perception». Et c’est bien cette autre perception qui apparaît dans les plis des fougères mystiques de ce tableau afin que celui-ci ne soit pas à proprement parler une peinture mais une œuvre «expressive». Couleurs manipulées, matières manipulées, objets manipulés sans savoir précisément où cela va.
A cette démarche et au bout d’un certain temps, la surface plane à laquelle il est confronté prend un sens. L’œuvre est alors sortie de l’atelier, exposée à la lumière, au soleil, à la pluie, à la neige, aux intempéries qui la modifieront, qui la dégraderont comme la vie modifie nos corps et nos esprits.
Tableau exemple parfait de l’univers «Kieferien», qui se mure dans l’indifférence.
Le voile levé, l’œuvre d’art est devenue conscience avec obstination et affirme qu’elle n’est rien d’autre qu’un instrument qui transforme les actions, les faisant entrer dans le théâtre de la mémoire individuelle et collective.